LE JUNGMEISTER EN FRANCE
Aucun "Jungmeister" ne résida longtemps en France avant la deuxkème guerre mondiale, malgré l'intérêt qu'il suscita chez certains de nos compatriotes.
Jean-Baptiste Salis fut le premier d'entre eux. Il devint l'agent de Bücker pour notre pays. A ce titre, courant 1937, il prit possession de trois Bü 133 C. Mais ces avions quittèrent immédiatement la France pour l'Espagne, en proie à la guerre civile. Ils avaient été bien vite achetés par un colonel qui combattit aux côtés des Républicains (son nom est inconnu). L'on ignore qul fut le sort de ces Bücker.
Deux ans plus tard, un autre pilote français s'intéressau au "Jungmeister". Il s'agissait de Fernand Lefebvre, employé successivement à la S.D.A. (Société pour le Développement de l'Aéronautique, dirigée par Maurice Finat) chez Morane-Saulnier, et enfin à la S.N.C.A.O., après la nationalisation de l'industrie aéronautique (Lefebvre trouva la mort avec le mécanicien-navigant Sixdenier le 27 juillet 1946 à Buenos-Aires dans l'accident du prototype S.O. 93). Sans abandonner son poste de pilote d'essais, efebvre se rendit acquéreur d'un Bü 133 C (vraisemblablement le D-ESFS) et ses acrobaties furent très remarquées pendant les meetings de 1939.
Si le "Jungmeister" fut une source de satisfaction pour tous ses utilisateurs, il advint que l'un de ces avions fut la cause d'une cruelle déception pour un de nos compatriotes. M Henri Buret, de Sainte-Anne, Pilote expérimenté, celui-ci figura parmi les sept engagés de la Coupe Deutsch de la Meurthe de 1936. Il ne put participer à la course, le Lignel 20 qu'il avait commandé à la Société Française de Construction Aéronautique (S.F.C.A.) n'ayant pu être terminé en temps voulu à la suite des conflits sociaux de l'été 1936.
En 1948, M. de Sainte-Anne devint le propriétaire, bien éphémère du premier "Jungmeister" inscrit (en 1949) au Registre Aéronautique de notre pays. Il racheta cet appareil à l'Aéro-club Louis Mouillard (Aéro-club du 16ème arrondissement). Il s'agissait du Bü 133 C n°1131 construit à Rangsdord en 1937, qui reçut en France le certificat de navigabilité n°20368 du 24 mars 1948 et fut immatriculé F-BEDJ. Basé à Toussus le Noble, il sortait de révision générale. Bien qu'il soit expressément convenu qu l'avion ne devait plus être utilisé que par nouveau propirétiare, le chef-pilote du Club crut bon de faire ce qu'il affirma devoir être un " vol de mise au point". Cela alors que Marcel Doret se trouvait sur le terrain. Le moniteur se laissa-t-il emporter par le désir de briller devant notre champion de voltige ? Toujours est-il que son exhibition se termina fort mal : l'appareil réduit à l'état de débris, et son occupant assez sérieusement blessé. L'accident se produisait le 5 juin 1948, le jour même ouM. de Sainte-Anne devait prendre possesion de son Bücker. L'intéressé envisagea de le faire reconstruire et se rendit en Suisse dans ce but ; mais dût finalement se résoudre à en vendre l'épave à bas prix à Jean-Baptiste Salis...
Ce fut finalement en 1951 qu'un "Jungmeister" vola véritablement en France, grâce à Fred Nicole, qui réalisa la performance de remporter un match de voltige contre Beverly Howard, disputé à Cleveland au cours des National Air Races de 1948. Les deux pilotes ne luttaient pourtant pas à armes égales : "Bevo" montait son"Jungmeister" alors que Nicole disposait d'un Stampe...
Le constructeur Maurice Brochet réédita lui, le tour de force réussi outre-atlantique sur le YR-PAX zccidenté de Papana. Il métamorphosa l'épave d'un Bü 133 C de fabrication allemande vendue par les Domaines en un fringant appareil. Commencée en 1950, la reconstruction s'acheva l'année suivante. Le certificat de navigaibilité n°18.807 lui fut délivré le 21 mai 1951. Immatriculé F-BBRI, l'avion n'avait rigoureusement rien perdu des qualités du modèle original. Notre ami Fred Nicole qui par ailleurs relate son aventure Bücker devait se charger d'en faire la preuve. Non par la preuve par 9 mais par 18. Ce nombre est celui des meetings auxquels il participa en 1951 et 1952, jusqu'à ce qu'un banal accident de la route ne le contraigne à abandonner la compétition.
Par la suite, son avion devint le N 211 U lorsqu'il émigra aux U.S.A. Détail curieux : lorsque son nouveau propriétaire, Robert Pfaff, chef de bord à la Pan Am le rendit, ce fut à un des homologues aux Eastern Air Lines, le Captain C. Jay Seiler, un autre mordu de la voltige qui, outre son "Jungmeister" possède le "Jungmann" N 55 OG quiétait précédemment immatriculé OE-AAE en Autriche.
Comme nombre de ses congénères, le petit monoplace fut contraint, il y a quelques années de troquer son moteur Siemens contre un Lycoming de 200 ch. Il était dans les intentions de Seiler de faire quitter au N 211 U sa tenue rouge foncé et blnac, pour luiredonner la décoration du F-BBRI d'autrefois. Un bel hommage rendu à la virtuosité de Fred Nicole.
Le deuxième "Jungmeister" ayant volé en France fut construit en 1940 par l'usine Dornier d'Altenrhein. Il portait le numéro de série 39 et appartint aux Troupes d'Aviation Suisse, avec le numéro U-92, avant de devenir le HBG-MIM, propriété de l'Aéro-club de Suisse, secion de Kloten. Il entra en France en 1963. Titulaire du certificat de navigabilité n°25181 du 3 avril 1963, et de l'immatriculation F-BLGM, il est basé à Compiègne Margny. Son propirétaire est également un professionnel de l'aviation commerciale : Max Siméoni, Officier mécanicien navigant à la compagnie Air-France.
Le troisième et dernier Bü 133 C "naturalisé" français fut également fabriqué en Suisse (c/n°16). Son numéro fut U-69, et sa première immatriculation civile HB-MIQ. Il devint le F-B0HK en 1969. Son heureux propriétaire n'est autre que Jean Salis, qui se souvint fort à propos de providentielles origines helvétiques qui facilitèrent la sortie du territoire suisse du petit biplan jaune. Longtemps désiré par son possesseur, il reste un peu le préféré, parmi toutes ses drôles de machines. Admiré par les visiteurs du terrain de la Ferté Alais, le F-BOHK devint le plus populaire des "Jungmeister" ayant franchi nos frontières.