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Les qualités exceptionnelles du "Jungmeister" permirent à
de nombreux pilotes de voltige de donner toute la mesure de leur talent. Parmi
ces qualités figurait l'extrême sensibilité des commandes
assurant une très grande précision, et une grande vitesse d'éxécution
des figures. Rudolf Lochner en apporta la preuve dès 1937, en enlevant le
Championnat d'Allemagne d'Acrobatie sur le Bü 133C D-EQOA : il en effectua
47 pendant les dix minutes consacrées à l'épreuve des
figures libres.
Le monoplace Bücker possédait une autre qualité : celle
de conserver sa maniabilité jusqu'au ras du sol. Cette particularité
fut exploitée par nombre de pilotes de meetings, en vol sur le dos.
Chacun l'adapta à son tempérament, en s'efforçant toujours
d'innover par rapport à ses adversaires. Souvent au mépris de la
plus élémentaire prudence. Avec le recul du temps, Fred Nicole
qualifia certaines de ces évolutions de "tours de c..." !
Parmi les pilotes de voltige qui s'illustrèrent sur le "Jungmeister",
citons au hasard, sans repect pour l'ordre chronologique :
- l'Allemand Albert Fadelderbaum, Champion d'Allemagne de voltige en 1938 et
1939 et qui reconquit son titre, toujours sur Bü 133C en 1960, dès
que l'Allemagne put rétablir cette compétition. Très
populaire à l'intérieur de ses frontières, Falderbaum fut
victime d'un accident mortel lors d'un vol d'essai, peu de temps avant le
Championnat de 1961.
- le lieutenant Alexandru Papana qui, aux National Air Races de 1936 à
Los Angeles, réalisa le tour de force d'accrocher au bout de son aile
gauche un drapeau tenu en place sur un court potelet.
- Beverly Howard, "Bevo", Champion U.S. 1949 de voltige qui, avec
l'avion de Papana reconstruit, ravit le public américain : volant sur le
dos, il coupait du bord de sa dérive un ruban tendu entre deux perches
tenues à bout de bras par deux assistants. "Bevo" et sa machine
participèrent au meeting organisé au printemps 1950 à
Villacoublay.
- Le Prince Roumain Constantino Cantacuzene, neveu du Prince Bibesco
(longtemps Président de la F.A.I.), qui s'était fait remarquer
avant 1939 par plusieurs liaisons rapides sur un Caudron "Rafale" et
un 'Typhon", qui portèrent successivement la même
immatriculation : YR-ADD. Après la guerre, il fuit la Roumanie communiste
pour se fixer en Espagne et se livrer à la voltige de compétition.
Il parvenait invariablement à surprendre le public par l'extraordinaire
vivacité de ses évolutions. Il commençait son exhibition si
près du sol que les spectateurs étaient gênés pour le
voir par la tête des personnes placées devant. L'instant d'après,
il était à quelques 150 mètres d'altitdue. Moteur à
l'extrême ralenti, il descendait, posait ses roues, puis ouvrait
brusquement les gaz en grand et entamait instantanément une série
de tonneaux déclenchés ou à facettes, agrémentés
de passages sur le dos, toujours à très basse altitude. |
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Pour obtenir une meilleurs réponse aux commandes, Cantacuzene fit
modifier son" Jungmeister" EC-AEX : le gouvernail de direction eut sa
surgace agrandie à sa base, à la façon des Gee Bee "Super
Sportster" de 1933. Il fit équiper cet avion de roulettes de queue
de Fiat CR. 42 en guise de roues, et le fit munir d'un solide appuie-tête,
tirant la leçon de l'accident de von Hagenburg. Le pilote roumain fit une
rentrée spectaculaire en Frane au cours de l'été 1951. Il
présenta à la presse un programme d'acrobatie nocturne sur le
terrain de Cormeilles-en-Vexin. Pour le rendre visible des spectateurs, il avait
fait monter des projecteurs sur l'avion lui-même. |
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Il arriva à Cantacuzene d'utiliser le "Jungmeister" EC-ALP
de José Aresti, dont le gouvernail de direction fut un temps agrandi
comme celui de EC-AEX. Le Prince devait mourir dans son lit en 1955, victime du
cancer.
- Le colonel José Luis Aresti Aguirre cumula les fonctions de
Ministre de l'Aviation Civile Espagnole et l'activité de pilote de
voltige, avec le EC-ALP qu'il acheta en 1955, et qui fut transféré
en 1970 à l'Aéro-club d'Espagne. Au cours de Lockheed Aerobatic
Trophy de 1955, Aresti connut la mésaventture de perdre son hélice
en vol. Il put attérrir vent dans le dos, fit réparer les dégâts
et concourut à nouveau dans l'après midi... Troisième de la
Coupe d'Europe, disputée uniquement en 1956, il se classa 6ème
dans le Lockheed Trophy de 1957.
-Le major suisse Francis Liardon s'attribua cette épreuve en 1959
devant d'Orgeix, Vérette et Biancotto. Il avait été éliminé
en demi-finale en 1957, se classa 6ème et 4ème en 1960. Toujours
sur son HB-MIC, le 33ème "Jungmeister" consrtuit à
Altenrhein, dont il se sépara en 1964.
- Champion de la nouvelle vague, le jeune ingénieur-pilote Michel
Brandt, ce suisse de Dijon, dispose maintenant du Pitts Special BS-1S, F-BVKB.
Il possédait auparavant le Do/Bü 133 C n°36, HB-MKM (ex
U-89) qu'il parvint à éqiuper d'un lycoming A10-360 de 200 ch sans
l'enlaidir, grâce à un capot N.A.C.A. de dimensions généreuses...
Cet avion malheureusement, ne lui permettait pas de s'aligner dans la compétition
de très haut niveau...
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