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Pour la petite histoire, signalons l'existence de deux version d'une même
photo du YR-PAX, vu en vol de 3/4 avant gauche, sur un tapis de nuages. Sur
l'une d'elles, les gouvernes de direction sont vierges de toutes inscription ou
décoration ; alors que la seconde s'étale la croix gammée
!... Cliché gratéé dans le premier cas ? Ou plus
vraisemblemblement récupération par la propagande nazie de cette
maquillée sans vergogne, d'un avion à l'immatriculation
sympathique entre toutes. Faire vosiner ce symbole de paix avec celui de
l'Allemagne hitlérienne prouve que l'humour du Troisième Reich ne
brillait vraiment pas par la légéreté...
Quoi qu'il en soit, Papana entendait représenter son pays aux
exhibitions de voltige figurant traditionnellement au programme des National Air
Races. En cette année 1936, elles avaient lieu à Los Angeles, du 4
au 8 septembre. Le petit biplan quitta l'Allemagne le 16 août, de la façon
la plus originale qui soit : ailes démontées, il avait pris place
dans les soutes du dirigeable "Hindenburg", mis en service trois mois
plus tôt sur la ligne de l'Atlantique Nord. Après avoir fait
frémir les spectateurs des N.A.R. par son audace et son habilité,
Papana entreprit, de meeting en meeting, une très longue tournée à
travers le territoire des Etats-Unis.
Il était présent à
Cleveland pour les 17ème National Air Races qui se disputaient du 3 au 6
septembre 1937. L'engouement du public américain pour ces célèbres
courses était tel que l'aérodrome municipal de cette cité
disposait d'installation, récemment agrandies, susceptibles de recevoir
70.000 personnes assises, et d'un parking pour 30.000 voitures. Tout cela sans
apporter de gêne au trafic commercial.
Un autre "Jungmeister" avait été envoyé à
Cleveland : le D-EEHO de l'Allemand Otto von Hagenburg, qui fut victime d'un
spectaculaire accident évoqué plus loin. Les deux virtuoses
devaient se retrouver su 3 au 5 septembre 1938 aux N.A.R. qui s'étaient
fixées à Cleveland. Ils se livrèrent à des démonstrations
quotidiennes. Papana poursuivit son long séjour en Amérique.
En janvier 1940, il remporta le concours international d'acrobatie de la Havane.
Mais un destin funeste attendait le YR-PAX, sous la forme d'un stupide accident
dont il fut victime peu de temps après. Il venait juste de se poser sur
l'aérodrome de Chicago, lorsqu'un Boeing P-12 lui atterrit dessus !
Papana, qui avait réalise le danger, parvient à s'extraire de son
appareil, avant que l'hélice du chasseur ne commence à en déchiqueter
le fuselage...
Pourtant une seconde existence était promise au Bücker. L'épave
en fut achetée par le toujours jeune vétéran Mike Murphy,
qui fit reconstruire l'avion à Findlay, dans l'Ohio et le revendit en
1946, lorsqu'il abandonna la voltige de compétition. Il déclara
alors qu'il n'avait été battu dans aucune des épreuves
auxquelles il avait participé, six années durant, avec son "Jungmeister",
et affirma qu'en 33 a,s de carrière, il n'avait jamais connu un appareil
de constrution américaine qui pouvait lui être comparé.
L'ancien YR-PAX avait reçu l'immatriculation NX-15696, devenue par la
suite N 15696. Mike Murphy n'avait eu aucun mal à trouver un acquéreur
: "Bevo" Beverly Howard, de Charotte, dans la Caroline du Nord, grand
maître américain de la voltige. Le manque depièces de
rechange pour le moteur Siemens d'origine amena Howard à le remplcer par
un Warmer "Super Scarab" de 185 ch. Ce fut là, la
remotorisation la plus heureuse du "Jungmeister" sur le plan de l'esthétique
: elle ne modifiait en rien la ligne de l'avion, puisque le Warner, comme le
Siemens, était un sept cylindres en étoile.
Beverly Howard conquit le titre de Champion des Etats-Unis de voltige en
1949. Au printemps 1950, il effectua une trounée en Allemagne et en
France, où il participa au meeting organisé sur le terrain
Morane-Saulnier de Villacoublay. Le petit biplan rouge et blanc excita
longtemps la convoitise des pilotes américains qui multiplièrent
d'alléchantes offres d'achat. En vain, car "Bevo" entendait
assurer la préservation de sa précieuse machine, lorsque viendrait
pour lui l'heure de la retraite... Ce fut fait il y déja quelques années.
Le N 15696 vint alors enrichir les collection de la Smithsonian Institution
(maintenant National Air and Space Museum) de Washington. Il y fut expsé
les roues en l'air : une position que ses pilotes successifs lui firente prendre
bien souvent... beaucoup plus près du sol.
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